dimanche 3 décembre 2017

Le jour où mon travail devint alimentaire...


Ou comment j’ai découvert le vrai sens de mon existence. (Sous-titre rajouté par mon chéri.)


A la base, j’ai choisi le métier de professeurs pour les raisons suivantes : premièrement, j’excellais à l’école et m’y sentais en sécurité ; deuxièmement, je voulais garder le même rythme de vacances que j’avais toujours eu ; troisièmement, je pensais que ce choix me laisserait le temps qu’il faudrait pour m’adonner à ma vraie passion : l’écriture.

Cependant, les premières années, je me suis vraiment prise au jeu, quitte à délaisser ma vie personnelle et mes projets d’écriture. J’investissais tout mon temps dans des projets, tenais un club, participais activement au FSE, étais professeur principal et membre du CA… Ma vie, c’était mon travail. Je ne pensais, respirais, mangeais, dormais que par lui.

Puis vinrent les déconvenues : la réforme du collège qui a massacré mes heures de latin, un supérieur qui m’a injustement mis des bâtons dans les roues, des élèves consuméristes qui veulent arrêter l’option dès qu’ils ont obtenu leur voyage, un manque d’investissement général lors des projets qui s’est soldé par un immense sentiment de solitude.

Je me souviens de la dernière année où j’ai organisé un loto pour faire baisser le prix du voyage à Rome de près de 100 euros par élève, je n’avais pas assez de lots pour faire mes paniers garnis. Je suis passée dans toutes les classes, ai demandé de l’aide aux premiers concernés, mes latinistes, et j’ai reçu… deux paquets de pâtes… 18 classes, entre 400 et 500 élèves, deux paquets de pâte. Concernant les commerçants de la ville où se situe mon collège, obtenir des lots de leur part demandait du temps : il fallait passer les voir en septembre pour obtenir une promesse de lots. Un mois plus tard, je repassais pour prendre les lots : ils n’étaient pas prêts pour la plupart, je devais repasser une troisième fois voire une quatrième fois. 
En plus, cette année-là, un parent est passé avant moi les récupérer sans m’en avertir (et selon certains commerçants, il ne m’aurait pas tout remis). 
Cerise sur le gâteau, une commerçante qui m’avait promis un lot m’a envoyée paître car elle était en colère contre un de mes collègues avec lequel je n’avais rien à voir. 
D’autres commerçants qui acceptaient de donner des lots les années précédentes ont refusé sous prétexte qu’ils ne donnaient plus qu’aux clients (alors que les parents de nos élèves sont clients chez eux). En tant que collège, va acheter des fringues dans une boutique, tiens…

Au début, tout nouveau, tout beau, quand on inaugure un dispositif on reçoit un peu plus d’aide mais les années suivantes, quand le système semble être devenu pérenne, les gens se désintéressent, ils ont l’impression que ça va fonctionner tout seul, ils s’en foutent. Après quatre ans de loto, je sentais que j’avais atteint une limite.

C’est là que j’ai eu un premier déclic : mais pourquoi je fais tout ça ? J’adore enseigner, oui, mais toutes ces fioritures autour ? Tout ce temps passé à ne pas préparer mes cours, à ne pas corriger mes copies, à ne pas enseigner… pourquoi en définitive ? Les élèves sont déjà contents quand ils quittent ma salle de cours, pourquoi je m’emmerde à mendier des lots et à passer mes soirées à organiser un truc dont la grande majorité se fout ?

En juin de cette année-là, j’ai connu d’autres déboires : certaines classes seraient fermées aux latinistes pour des raisons d’emploi du temps (prétexte bidon car les heures rentraient dans les grilles horaires), ce qui a fait fondre mes effectifs.

J’ai eu le deuxième et dernier déclic : j’ai cessé d’être professeur principal, j’ai quitté le foyer, j’ai arrêté mon club, ne me suis plus jamais représentée au CA, n’accepte plus les heures supplémentaires.

Je continue à préparer scrupuleusement mes cours mais ne perds plus mon temps dans le bénévolat ou dans le surplus. (Le poste de professeur principal bénéficie d’une prime mais vu le travail demandé, les heures supplémentaires seraient plus intéressantes… si elles n’étaient pas imposables.)


Je me suis consacrée plusieurs années à mon travail pour qu’en fin de compte il me chie à la gueule. Il était temps que je retrouve le sens des priorités.


Bien sûr, j’ai eu et j’ai encore des élèves géniaux (je ne parle pas forcément en terme d’intelligence mais en terme d’humanité) que j’adore et que je m’efforce d’aider, de guider, de rendre autonome du mieux que je peux. Les élèves sont d’ailleurs pour moi le point POSITIF de ce métier. (Même s’il y a des petits cons à tous les étages, comme partout.) 


La hiérarchie… je n’ai plus confiance en elle : trop d’entourloupes, d’hypocrisie, de langue de bois, de propositions vides de sens dans des réunions stériles. J’ai souvent eu l’impression d’être confrontée à des gens complètement déconnectés de la réalité
Je me souviens d’inspecteurs venus nous présenter ce qu’ils appelaient les « tâches complexes » qui étaient censées remobiliser et intéresser l’élève. Ils avaient conclu en disant : « ça marche très bien en prépa ! » … En prépa ?! Avec des jeunes triés sur dossier de 18/19 ans ?! Et avec des collégiens en zone rurale, c’est la même chose peut-être ?! Enfin, je n’ai peut-être pas encore rencontré les glorieux êtres qui sauront me redonner foi en l’éducation nationale.

Petit à petit, donc, je me suis recentrée sur l’essentiel : mon foyer, mes amis, mes écrits, mes loisirs. Et un beau matin, avant d’aller au collège, j’ai réalisé : « ha… Si j’étais rentière…  Si je gagnais au loto, je n’y mettrais plus les pieds… »

Mon travail devint alimentaire. Il me faut des sous pour m’amuser, me nourrir, me loger…. Et c’est tout.

Je n’en changerais pas parce que je sais très bien qu’aucune activité rémunérée ne saurait me satisfaire. Je n’ai pas d’ambition de carrière. Je n’attends rien du monde. J’aime écrire, je veux écrire, en toute liberté, comme je veux, quand je veux et ne me soumettre à aucun diktat de mode.

Je resterai professeur car, après avoir supprimé le superflu, ce métier m’offre le temps nécessaire pour me consacrer à mon épanouissement personnel. Je prends du plaisir à enseigner même si, selon les périodes, des vagues d’ennui me submergent (refaire les mêmes programmes tous les ans, répéter les mêmes notions jour après jour…). 
  
Mais je vais avoir le privilège de voir grandir mes enfants puisque nous aurons des horaires sensiblement pareils. Je vais pouvoir écrire, voyager, profiter  de la vie. Que demander de plus ?

Rien, il suffisait juste que j’en prenne conscience. Cela fait presque 9 ans que je suis prof, l’illusion aura duré 7 ans.


jeudi 16 novembre 2017

Le Hasard d'Anastase.


Salve !

Je vous présente la nouvelle que j’ai écrite cette année pour le concours 48 heures pour écrire d’Edilivre. 


Elle est arrivée 11e , ce qui m’a surprise. Non pas que je manque de confiance en moi, mais la genèse de cette nouvelle a été pour le moins étrange et je ne m’attendais pas à ce qu’elle fasse un aussi bon score.


Le fameux week-end du concours, j’étais malade avec quelques poussées de fièvre, nauséeuse, pas inspirée par la thématique (le futur) et j’ai vraiment écrit quelque chose pour écrire quelque chose.

Je vais donner quelques explications sur la création de la nouvelle. Vous pouvez les sauter si vous ne voulez pas des infos qui orientent votre lecture. ;-) 

*O*

N'ayant pas été pas inspirée sur le moment, je suis allée piocher des idées dans mes autres textes. J’ai deux projets de romans fantaisistes en plusieurs tomes : Néréis et Mug Island

J’ai emprunté à Néréis l’idée que le futur révélé se fige et devient impossible à éviter. Dans Mug Island, une histoire de piraterie, j’ai pioché les deux personnages principaux de la nouvelle : Anastase et Sileas Orpheen, un frère et une sœur.

Dans Mug Island, Anastase est atteint d’un mal incurable et c’est sa sœur qui le maintient en vie grâce à une pièce qu’elle tire à pile ou face pour trouver les différents… « procédés » de le sauver, si la pièce le veut, bien sur. J’ai repris l’idée d’un Anastase fébrile et faible, obligé de compter sur Sileas pour s’en sortir. Sileas ne possède pas de sens moral, toutes ses actions lui sont dictées par la pièce de cuivre qu’elle possède. Il est sous-entendu dans l’histoire qu’il y a évidemment quelque chose ou quelqu’un derrière la pièce. J’ai repris l’idée de la pièce et de la destinée pour la nouvelle mais j’ai trouvé une autre explication au fait que Sileas y ait recours.

Et c’est ce qui m’a fait peur pour cette nouvelle : habituellement, quand j’écris une histoire brève (le récit ne doit pas excéder 10 000 caractères, espace compris, pour concourir, et c’est vraiment COURT), je ne caractérise pas beaucoup les lieux ou les personnages pour pouvoir me concentrer sur l’action pure, je reste dans le symbole. Mais là, je me suis retrouvée à instaurer un back ground que je ne pouvais pas approfondir, d’où l’impression d’avoir créé un « décor » patchwork complètement bâtard. 

J’ai essayé d’être la plus synthétique et cohérente possible, mais je craignais de ne pas réussir à instaurer une ambiance à force de balancer des infos aux lecteurs.

Pour inventer l’île où se déroule l’action, je me suis inspirée de la mythologie grecque et des Moires, les divinités du Destin. (Que c’est original pour une prof de latin… * se cache dans un trou… * )

Je n’ai même pas eu le temps de décrire précisément les personnages. Je me suis contentée d’affirmer leur personnalité du mieux que je pouvais en si peu de lignes.
Sileas, on lui donnerait le bon Dieu sans confession… 
Le conditionnel est important.


Quand j’ai raconté le principe de ce récit à ma sœur de cœur et de plume, Kaminae, elle a trouvé le mot juste en me disant : on dirait une fanfiction. Et c’est exactement cela, j’ai vraiment eu l’impression d’écrire une fanfic sur l’un de mes univers. D’ailleurs, j’ai signé la nouvelle de mon ancien pseudo sur internet, celui que j’utilisais quand j’écrivais des fanfics : Lunécume.

En outre, il y a quand même deux références à des bande-dessinées très connues : j’emploie l’expression « l’oiseau du temps » (Loisel, es-tu là ?) et la pièce de Sileas rappelle bien évidemment un méchant de l’univers de Batman. Patchwork, patchwork…

Concernant le titre, j’ai longuement hésité. Dans Mug Island, il est prévu un tome qui se nommerait « les Hasards de Sileas » mais dans la nouvelle c’est le glissement d’Anastase vers le futur qui provoque l’action. Le titre est donc devenu « le Hasard d’Anastase ». J’aime beaucoup la prononciation de ce groupe nominal. 



Allez, trêve de bavardages, bonne lecture ! ^^




*O*


Le Hasard d’Anastase.



Et le frère et la sœur ont la peur pour partage.

L’étrange ritournelle de l’oiseau du Temps se figea dans les airs, aussi bien qu’une pierre aux accents funéraires. Anastase jeta sur sa sœur un regard sidéré. Sileas considéra son frère d’un sourcil perplexe. Le silence, d’abord, puis la consternation.

Le tic-tac même de l’horloge tintait par son absence. La jeune fille compta, comme si les chiffres se succédant allaient remettre le Temps en route. Elle claqua des doigts, une fois, deux fois, trois fois… et les aiguilles de l’horloge se firent à nouveau entendre. Le chant de l’oiseau s’éleva. Un sourire sans joie défigura le visage de Sileas. Son frère se montra plus pâle qu’un rayon de lune. La bête à plumes ne tarda pas à lâcher un présage de sa voix sinistre et mélodieuse :

Tout se brise
Et s’écrase
Quand s’enlise
Anastase.

-          - Oh, mon frère… dit doucement Sileas d’un air désolé, tout en conservant son flegme légendaire.
-          - Puis-je compter sur toi, ma sœur, répliqua l’autre avec précipitation, m’aideras-tu ?
Elle sortit de sa poche une pièce de cuivre et la jeta en l’air…
-         -  Le Hasard décide, Anastase.
… avant de la réceptionner dans le creux de sa main. Elle observa le verdict.
-          - Je t’aiderai, répondit-elle sereinement.  

Ils quittèrent leur maisonnée de bois à l’orée de la forêt. Sileas seconda son frère de même qu’une canne robuste taillée dans un chêne millénaire. Il leur fallait de l’aide et ils la trouveraient dans la Citadelle d’albâtre qui dominait leur île, celle de la Moïra. Une île rescapée où ceux qui avait pu éviter le Fléau s’étaient réfugiés, où on savait les dangers de la démesure et de l’arrogance humaine. Mais il y avait des règles à respecter.

Il ne fallait pas jouer avec ce que le Temps avait de plus vaporeux et de sournois.

La Moïra, déesse de la Destinée, se déclinait en trois divinités subalternes qui représentaient les diverses facettes de l’existence, les tisseuses qui filaient le fil du Temps : Clotho, à la fois naissance et passé, Lachésis la vie, ses vicissitudes et le présent, et Atropos l’avenir ponctué par la mort souveraine.

Le passé tout de marbre gravé sur les murs blancs de la Citadelle s’avérait sans danger. On ne pouvait le modifier : impossible de tricher avec lui. Du Temps on ne touchait que l’instant du présent. Celui-là était plus ambigu compte tenu de sa nature volage et toujours changeante. Mais au moment même où on cherche à le manipuler, le présent devient passé, et passé est inchangé. Non, ni le passé, ni le présent ne posait problème. Et les mots gravés sur le fronton du palais du Gouverneur en témoignaient :

Le passé immuable
Rend le repos palpable.
Le présent si mouvant
Ne nous nuit nullement.

L’épineuse question, l’éternel dilemme, c’était le futur.

L’avenir, sombre ou d’or
N’existe pas encore.

Le futur se montre dangereux car il englobe tout le champ des possibles. A vouloir le contrôler, le réduire au rang de choses, on provoquait une colère sourde et mystique. Le pêché d’Hybris suscitait le courroux de l’abime.

Il ne fallait ni projeter, ni prévoir… Rendre l’inimaginable tangible ne provoquait que ruine et désolation. Et tous le savaient sur l’ile puisqu’ils avaient été les témoins du cataclysme ultime. Pour éviter qu’une telle catastrophe ne pointe encore le bout de son museau perfide, on apprenait très tôt aux enfants à ne plus parler au futur. La procrastination devint une notion à éviter. On profitait du présent, on l’usait jusqu’à la corde, et cette corde, ce fil de la Destinée, n’était plus à redouter puisqu’on abandonnait l’idée de le tisser. Pas de lendemain, juste aujourd’hui, maintenant et pour toujours.

Mais Anastase, maigre garçon tout blême et tout rempli d’idées et de rêves, avait voulu saisir son avenir. Il s’était rêvé, projeté, au sens littéral du terme, et avait glissé. Un pas de travers, et son corps, son cœur, s’était perdu dans une faille, dans la nuée ardente du futur. 
Oh, ce ne fut pas long ! En un clignement d’œil, il avait retrouvé le présent, sa maisonnée et sa sœur. Mais le mal était fait.

En voyant le futur, il l’avait figé, comme s’il s’agissait d’un passé. Et ce futur rendu immobile comme une statue se réaliserait, quoiqu’il arrive, à la manière d’une prophétie qu’on auto-réalise en tentant de l’esquiver.

Ils pénétrèrent dans la citadelle. Ils y étaient déjà attendus par une troupe de gens et d’enfants inquiets et furent sèchement accueillis par le Gouverneur de la Moïra. On les poussa à l’intérieur d’un hémicycle, en position d’accusés, raides et immobiles au centre du demi-cercle. En hauteur, des métopes de succédaient avec des inscriptions sibyllines. L’assemblée se remplit gouttes à gouttes. La salle, malgré la foule, demeurait silencieuse comme un cimetière. Trois juges encapuchonnés se levèrent. Le premier énonça :

Aveugle était Clotho,
Première du troupeau,
Toujours toute trempée
Du sang de Destinée.
Le deuxième juge clama :
Borgne était Lachésis,
Si blanche au cœur de Lys.
Deuxième demoiselle
De la Toile éternelle.
Le troisième conclut :
Clairvoyante Atropos,
Mégère au sceptre d’os,
Ses yeux cernés d’airain
Ont le savoir divin.

Puis les deux premiers juges se rassirent. Seul le dernier resta debout, car c’était Atropos que les deux jeunes gens avaient offensée.
-        - Ce matin, toutes les horloges de la ville ont marqué un arrêt, en même temps. Cela ne nous a pas échappés, tristes enfants que vous êtes. L’oiseau du Temps vous a-t-il parlé ? Quel crime avez-vous donc commis ?
Anastase baissait la tête, toujours plus blême, toujours plus faible. Sileas consulta sa pièce de cuivre avant que de répondre :
-         - L’oiseau nous a bien parlé. Mon frère que vous voyez, fébrile et repentant, a glissé dans le futur par mégarde. Il a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir.
Un murmure hostile parcourut l’assemblée. Le juge s’enquit, la voix plus profonde et plus féroce qu’auparavant :
-          - Et qu’a dit l’oiseau ?
La jeune fille s’en référa encore à sa pièce.
-          - Qu’a dit l’oiseau ? répéta le juge, son ton devenu clairement menaçant.
Et Sileas sourit à la manière d’un croissant de lune :

Tout s’écœure
Et s’écrase
Quand se meurt
Anastase.

Les paroles fusèrent de toute part. Le Gouverneur se pencha vers le juge, intrigué par les vers énigmatiques de l’oiseau. Le trépas d’Anastase semblait promettre un avenir bien sombre à leur île. Bientôt des cris de colère retentirent de part et d’autres.
-          - Stupide garçon ! gronda le juge, tu nous as tous perdus ! Et nous ne pouvons même pas te mettre à mort !
Le jeune homme n’osait pas relever le regard. Sileas conservait un aplomb exemplaire dans le mensonge.
-        -  Il faut le garder en vie le plus longtemps possible, nous aviserons ensuite !
Des miliciens s’approchèrent pour s’emparer d’Anastase. Sileas eut le temps de l’attraper par l’épaule pour lui chuchoter à l’oreille :
-        -  Pour contrer le destin, il nous faut le Hasard. Pour briser l’Harmonie, un bon coup de Chaos !
Et elle lâcha son frère qu’on emprisonna dans la foulée.

Sileas se posta sur l’une des murailles de la cité, contemplant l’horizon teinté de feux crépusculaires. Tout se brise et s’écrase quand s’enlise Anastase… Son frère avait pris place dans une prison dorée, au sommet de la tour la plus haute. On le bichonnerait, prendrait soin de lui, le préserverait autant que faire se peut. Mais on le laisserait seul, comme un rat, sans loisir ni divertissement.

En changeant les vers de l’oiseau, elle lui avait sauvé la vie. Mais elle avait condamné le reste de l’île. Elle fit rouler sa pièce de cuivre entre ses doigts.

Et en effet, le pauvre Anastase, enfermé, isolé, coupé du monde, ne tarda pas à sombrer, à s’enliser, dans un ennui mortel. Il glissait ses yeux par les fentes des meurtrières et guettait un signe, un geste, de sa sœur.

Alors tout commença. Les bords de l’île sombrèrent dans les abysses. Des secousses, la terre meule qui se gonfle et se perce, le ciel paré de flammes étranges et nouvelles. Un nouveau cataclysme. On vit l’oiseau du Temps s’envoler pour ne jamais revenir.

Une onde de choc, semblant venir de l’océan tout entier, convergea vers le petit bout de terre. Sileas, toujours debout, toujours battante, consulta sa pièce.

Anastase, l’esprit au bord du gouffre, ne voyait rien mais le bruit tonitruant le transit d’horreur. Des cris, des hurlements, dont celui du sol qui s’ouvre et s’épanche, des murs blancs qui s’effondrent et la fin d’un tout. Seule la tour où demeurait Anastase demeura indemne. Il trembla.

Au bout de quelques heures, un silence sidérant régna sur ce qu’il restait de l’île… Il entendit qu’on grattait à la porte de sa geôle. Les gonds sautèrent et Sileas apparut, armée d’une barre de fer. Elle lui ordonna de la suivre et, trouvant une fenêtre brisée dans l’escalier en colimaçon, ils grimpèrent pour s’installer sur le toit de tuile.

Un paysage de désolation s’offrait à perte vue : l’île n’était plus qu’un amas d’arbres, de cadavres, de débris, de murs effondrés et d’eau stagnante.
-          - Comment t’en es-tu sortie ? s’enquit son frère.
-         -  La pièce, répondit Sileas.
Il frissonnait dans l’air humide et pourtant chaud des cris et des morts qui avaient tantôt retenti.
-         - Alors mon frère, ce charmant tableau correspond-il à ce que tu as vu dans le futur ?
Le jeune homme ne put répondre, sa gorge rendue épaisse par l’angoisse et la culpabilité. Sileas avait la stature d’une colonne de marbre que rien ne saurait ébranler. Anastase se fit violence pour poursuivre :
-         -  Comment fais-tu, ma sœur, pour ne jamais douter. Pour ne jamais faire machine arrière ?
Elle eut comme du soleil dans la voix :
-          - Disons que j’ai moi aussi vu quelque chose et que je sais.
Le garçon écarquilla largement ses mirettes :
-          - Tu as donc déjà glissé, toi aussi…
-          - Oui, mais plus maligne que toi, personne ne l’a remarqué.
-         -  Et qu’as-tu vu dans le futur ?
-         - Tu ne le sauras jamais. Enfin, sauf si la Moïra le veut !
Anastase déglutit :
-         -  Dis-moi au moins ce qu’a chanté l’oiseau du Temps à ton retour !

Et Sileas s’orna d’un sourire fin et quelque peu narquois :

Dans ta main
Pile ou face…

Le Destin,
Sileas,
Guidera
Tous tes pas.

samedi 16 septembre 2017

Chronique des Rêves pervertis.


























Piiiouuuuffff... Ce fut intense... Je ne pensais pas que je paniquerai autant lors des relectures... J'ai mis, à chaque échange avec l'éditeur, plusieurs semaines à relire, à demander des changements, avant de valider la maquette finale. Le perfectionnisme peut tourner à la folie pure. 

Enfin, c'est fait, c'est publié. Je vais pouvoir me concentrer sur autre chose.


Voici une vidéo où je lis l'une des nouvelles du recueil :





J'ai aussi créer  un petit site et une page facebook, afin de donner des informations supplémentaires.

Et bien sur... voici le lien pour acheter le recueil : Achète-moi, plizeuh !

mardi 12 septembre 2017

Education bienveillante.




En ce moment pullulent des articles sur l’éducation bienveillante. Comme quoi il ne faut pas choquer, chambouler, remuer un petit enfant… Je voulais apporter ma pierre à l’édifice.

Effectivement, les mots peuvent blesser, meurtrir, tuer. 



Voici le top 5 des phrases destructrices qu’il ne faut jamais dire à son enfant car elles anéantiraient irrémédiablement votre famille :



1) Tu sais que tu as été conçu(e) par une sodomie ?

Cette sentence est des plus préjudiciables : non seulement, vous allez induire vos enfants en erreur et ils passeront pour des idiots en cours d’SVT mais en plus de cela, ils croiront que la sodomie n’est plus une méthode de contraception fiable et perdront un argument pour la pratiquer. Ce serait dommage. 




2) Ta sœur suce mieux que toi. Variante pour les garçons : ton frère a la plus grosse.

Il ne faut jamais comparer les enfants et les mettre en concurrence. Vous pouvez cependant le penser très fort, ériger un autel secret à votre petit favori et l'avantager dans votre testament. C’est normal, chaque affection est différente mais la convention sociale exige un égalitarisme bienséant. Et ceci pour votre bien : songez que votre enfant préféré ne vous survivra peut-être pas et qu’il est possible que dans vos vieux jours vous soyez obligés de compter sur les brebis galeuses. Évitez donc de vous attirer leur rancœur. 




3) Je voudrais ton avis sur [sujet quelconque]… Est-ce que tu voudrais [action quelconque], explique-moi…

Exiger une opinion construite d’une créature qui a à peine conscience qu’elle existe est des plus cruels. Imposez vos idées, ne discutez pas. Si vous laissez le choix à l’enfant, vous le mettrez en situation d’insécurité. Il aura peur de vous décevoir, à raison, et en plus de cela il devinera confusément que lui-même ne sait pas ce qu’il veut et réalisera la vacuité de son être. Et vous ne voulez pas qu’il se rende compte de sa conn… sa vacuité, n’est-ce pas ?




4) Je suis désolé(e), c’est ma faute. Je n’aurais pas dû… 

Preuve de faiblesse ultime ! Comment voulez-vous que votre enfant se respecte s’il s’aperçoit que ses parents ne sont pas respectables et sont les premiers à ne pas se respecter eux-mêmes ? Avouer ses torts, c’est montrer ses imperfections. Le monde est déjà si laid et si vil, pourquoi en rajouter ? Si votre enfant comprend que vous êtes un digne rebut de cette société puante, il perdra l’espoir. En outre, votre autorité en prendra un coup. L’enfant saura qu’il peut vous manipuler… Il finira par vous mépriser et vous attendra, un jour, derrière la porte des toilettes, avec une arbalète. 




5) Tu es ma plus grande fierté.

Ventre Saint-Gris ! Voulez-vous créer un monstre d’égocentrisme et d’arrogance ? L’individu est naturellement enclin à se sentir supérieur pour tyranniser, dévorer, écraser les autres. Il est inutile de nourrir cet aspect-là de votre enfant. Apprenez-lui l’humilité : montrez une moue de dégoût devant ses résultats scolaires, ses dessins, ses projets, même quand ils sont satisfaisants. Finissez toujours vos compliments par un « mais » salvateur et enchaînez sur une punch-line rondement menée. Si vous ne devez pas les comparer à leurs frères et sœurs, vous pouvez cependant glisser des petites piques en utilisant leurs amis. Votre enfant comprendra que rien n’est jamais acquis et que l’on peut toujours s’améliorer. Cela peut paraître dur sur le moment mais une fois adulte, entre deux gélules de prozac, votre enfant vous remerciera. 



- Papa, est-ce que tu m'aimes vraiment ?
- Heu... Tu vois cette bouteille de lait ?




J’espère que ce petit tour d’horizon des phrases à ne pas dire vous aidera. N’hésitez pas à m’en proposer d’autres. 

Ensemble, nous trouverons les clés de l’éducation parfaite.



Mouhahahahahahaha !

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