samedi 16 septembre 2017

Chronique des Rêves pervertis.


























Piiiouuuuffff... Ce fut intense... Je ne pensais pas que je paniquerai autant lors des relectures... J'ai mis, à chaque échange avec l'éditeur, plusieurs semaines à relire, à demander des changements, avant de valider la maquette finale. Le perfectionnisme peut tourner à la folie pure. 

Enfin, c'est fait, c'est publié. Je vais pouvoir me concentrer sur autre chose.


Voici une vidéo où je lis l'une des nouvelles du recueil :





J'ai aussi créer  un petit site et une page facebook, afin de donner des informations supplémentaires.

Et bien sur... voici le lien pour acheter le recueil : Achète-moi, plizeuh !

mardi 12 septembre 2017

Education bienveillante.




En ce moment pullulent des articles sur l’éducation bienveillante. Comme quoi il ne faut pas choquer, chambouler, remuer un petit enfant… Je voulais apporter ma pierre à l’édifice.

Effectivement, les mots peuvent blesser, meurtrir, tuer. 



Voici le top 5 des phrases destructrices qu’il ne faut jamais dire à son enfant car elles anéantiraient irrémédiablement votre famille :



1) Tu sais que tu as été conçu(e) par une sodomie ?

Cette sentence est des plus préjudiciables : non seulement, vous allez induire vos enfants en erreur et ils passeront pour des idiots en cours d’SVT mais en plus de cela, ils croiront que la sodomie n’est plus une méthode de contraception fiable et perdront un argument pour la pratiquer. Ce serait dommage. 




2) Ta sœur suce mieux que toi. Variante pour les garçons : ton frère a la plus grosse.

Il ne faut jamais comparer les enfants et les mettre en concurrence. Vous pouvez cependant le penser très fort, ériger un autel secret à votre petit favori et l'avantager dans votre testament. C’est normal, chaque affection est différente mais la convention sociale exige un égalitarisme bienséant. Et ceci pour votre bien : songez que votre enfant préféré ne vous survivra peut-être pas et qu’il est possible que dans vos vieux jours vous soyez obligés de compter sur les brebis galeuses. Évitez donc de vous attirer leur rancœur. 




3) Je voudrais ton avis sur [sujet quelconque]… Est-ce que tu voudrais [action quelconque], explique-moi…

Exiger une opinion construite d’une créature qui a à peine conscience qu’elle existe est des plus cruels. Imposez vos idées, ne discutez pas. Si vous laissez le choix à l’enfant, vous le mettrez en situation d’insécurité. Il aura peur de vous décevoir, à raison, et en plus de cela il devinera confusément que lui-même ne sait pas ce qu’il veut et réalisera la vacuité de son être. Et vous ne voulez pas qu’il se rende compte de sa conn… sa vacuité, n’est-ce pas ?




4) Je suis désolé(e), c’est ma faute. Je n’aurais pas dû… 

Preuve de faiblesse ultime ! Comment voulez-vous que votre enfant se respecte s’il s’aperçoit que ses parents ne sont pas respectables et sont les premiers à ne pas se respecter eux-mêmes ? Avouer ses torts, c’est montrer ses imperfections. Le monde est déjà si laid et si vil, pourquoi en rajouter ? Si votre enfant comprend que vous êtes un digne rebut de cette société puante, il perdra l’espoir. En outre, votre autorité en prendra un coup. L’enfant saura qu’il peut vous manipuler… Il finira par vous mépriser et vous attendra, un jour, derrière la porte des toilettes, avec une arbalète. 




5) Tu es ma plus grande fierté.

Ventre Saint-Gris ! Voulez-vous créer un monstre d’égocentrisme et d’arrogance ? L’individu est naturellement enclin à se sentir supérieur pour tyranniser, dévorer, écraser les autres. Il est inutile de nourrir cet aspect-là de votre enfant. Apprenez-lui l’humilité : montrez une moue de dégoût devant ses résultats scolaires, ses dessins, ses projets, même quand ils sont satisfaisants. Finissez toujours vos compliments par un « mais » salvateur et enchaînez sur une punch-line rondement menée. Si vous ne devez pas les comparer à leurs frères et sœurs, vous pouvez cependant glisser des petites piques en utilisant leurs amis. Votre enfant comprendra que rien n’est jamais acquis et que l’on peut toujours s’améliorer. Cela peut paraître dur sur le moment mais une fois adulte, entre deux gélules de prozac, votre enfant vous remerciera. 



- Papa, est-ce que tu m'aimes vraiment ?
- Heu... Tu vois cette bouteille de lait ?




J’espère que ce petit tour d’horizon des phrases à ne pas dire vous aidera. N’hésitez pas à m’en proposer d’autres. 

Ensemble, nous trouverons les clés de l’éducation parfaite.



Mouhahahahahahaha !

mardi 22 août 2017

De l'importance du souvenir.


Les vacances d'été ont toujours eu un goût spécial pour moi. Le fait d'être prof et de ne jamais être passée par un autre emploi renforce cette impression. 

L'été, temporalité sacrée de toutes les débauches, des grasses mat' à l'infini, de l'alcool à foison (dans la limite des possibilités de mon estomac...), de mon anniversaire, des crépuscules qui percent tard dans la nuit, des retrouvailles entre amis, des voyages parfois, des japan expos, des ateliers d'écriture avec ma sœur de plume... 




J'ai beaucoup de chance d'avoir trouvé un métier que j'aime, pour lequel je suis vraisemblablement faite, et qui me permette de profiter à ce point de la période estivale. Tout n'est pas rose dans le petit monde de l'éducation nationale (et cela fera sans doute un jour l'objet d'un article sur mon blog) mais me plaindre de ma situation serait d'une extrême mauvaise foi. Certes, le latin se porte mal ; certes, les moyens baissent ; certes, tout part en sucette... mais j'ai acquis une capacité de recul phénoménale avec le temps. Je pars du principe stoïcien suivant : puis-je y changer quelque chose ? Oui ? J'agis en ce sens. Non ? Je fais de l'air.
Et je ventile tellement en ce moment que je pourrais abreuver tout mon département en énergie éolienne. 



L'année dernière, lors de nos vacances en Grèce, en avril, mon conjoint a eu la bonne idée de m'offrir un carnet de bord que j'ai rempli soigneusement tout au long du voyage. Que de barres de rire en le relisant : dessin, humour, anecdotes, tout cela immortalisé sur le papier. Un souvenir inestimable, plus encore que toutes les photos que j'ai pu prendre...  



J'ai donc eu l'idée, à la japan expo qui a suivi, d'acheter un autre journal. Un journal qui est devenu celui de l'été. 




Le but est d'y écrire, dessiner et demander à mes proches de faire de même afin de conserver des souvenirs précieux pour les années futures. 



C'est aussi un moyen de conserver des autographes !
Celui du Joueur du Grenier et de son acolyte par exemple, japan expo 2016 !


En outre, cela me permettra, d'années en années, de voir comment ma vie évolue et si mes projets prennent corps. Ce n'est pas pour rien que Chronos, dieu du Temps, dévore ses enfants dans la mythologie. La routine, les années, m'ont littéralement avalée à partir du moment où je suis rentrée dans le métier. J'ai eu l'impression fugace que tous mes rêves et mes envies étaient devenus trop immatériels pour être saisis, ils se sont noyés dans l'océan des jours. Ne tenir ce carnet que l'été évitera qu'il ne sombre lui aussi dans la roue infernale du quotidien, des corvées et des tâches à n'en plus finir. 

J'ai besoin d'un support tangible, d'une trace qui me montre que tout ce temps écoulé existe et que ce n'est pas qu'une donnée immatérielle dans mon cœur et dans mon esprit. Un simple calendrier ne suffit pas : au contraire il s'avère néfaste car il me donne la sensation horrible que le gouffre de l'existence n'est que plus béant et plus profond.


Il me faut des textes, des poèmes, des dessins, j'ai besoin de saveur en somme. 


L'été n'est pas encore tout à fait fini mais je peux dire qu'il a été rare et très doux. J'en suis à la dernière relecture de mon manuscrit qui sera bientôt édité chez Edilivre. Je me suis plutôt bien avancée concernant les œuvres au programme de l'agrégation (même si cela me semble loin pour le moment). Je fourmille d'idées pour de futurs recueils et romans. Je lis, j'écris, je partage, je profite... Il n'y a plus de Vide. 



Kaminae-chan, sœur de plume et future écrivaine de génie (avec une telle annonce, elle est obligée de relever le défi !), a de nouveau illustré certains de mes personnages (avec brio, comme toujours... Elle dessine de mieux en mieux... 😍😍😍)

Madurei et Linéar, issu de mes récits de fantaisie, Néréis, sur lesquels je travaille à nouveau depuis avril dernier. C'est toujours aussi magique de voir un personnage prendre forme sous un crayon. Je ne manie que la plume et j'ai toujours regretté de ne pas savoir dessiner, voilà un projet post-agreg à accomplir. 




Arigato gozaimasu, Kaminae-chan !



Tu sais qu'un moment que tu as vécu est exceptionnel et qu'il illuminera le reste de ta vie quand, dans la seconde qui suit, il appartient déjà à un passé mythique






dimanche 23 juillet 2017

Ode à Gaspard !


Je traînais sur un site connu de vidéos en ligne quand je vis dans les propositions sur le côté droit de mon écran une ressemblance troublante... 




Tu es aussi surpris que moi, fieffé lecteur, et je te comprends... Qui aurait pu croire que Gaspard Proust, éminent humoriste, puisse ressembler à ce point à cette figure si peu rayonnante qu'était ce mec, là, celui qui a ouvert sa mère en deux... A moins que ce fut autre chose... Mon catéchisme est loin... 

Quoiqu'il en soit, l'image de Moïse m'inspira, et ni une, ni deux, je décidai d'écrire une ode à Gaspard Proust en m'inspirant des Litanies de Satan de Baudelaire. Oui, je pars de Moïse, et je déboule directement sur Satan. L'association de ces deux idées chez moi est sans doute révélatrice de la tendresse sans borne que m'inspire le principe même de religion. 




Ode à Gaspard !


Prince  de l’humour noir, Messie de l’indicible,
Toi qui as pris les Gueux et les Crétins pour cible,

Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !

Toi qui de ton vit large, aussi ferme que juste,
As redressé du Tort l’incorrigible buste,

Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !

Toi qui différencias la paille de la poutre
Et nous renseignas sur la substance du Foutre ;

Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !

C’est toi qui dessalas tant de morues infâmes
Et rappelas le rang de ces sinistres âmes ;

 Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !

Toi qui des bien-pensants, insipide chorus,
Retiras en un coup le balai de l’anus,

Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !

Lumière dans la nuit, grand pourfendeur du Vide,
Godemichet pour vierge et pour couguar frigide ;

Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !

Père adoptif de ceux qu’en ses rigidités
La Censure imbécile a bien sûr rejetés,

Ô Gaspard, prends pitié d’un pauvre thon qui t’aime !









samedi 1 juillet 2017

Puella lupo inferno interfecta est.

Boileau dans son Art poétique théorise le théâtre de son siècle et offre un moyen efficace de retenir les grandes règles du théâtre classique. Un exemple rapide pour que les littéraires puissent resituer le propos :


Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable :
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.


AAAAHHH... Des alexandrins, fan dé chichoune que c'est bon !



Serait-il pertinent à notre tour de théoriser les courants obscurs qui traversent les fictions de notre siècle ? Un phénomène en particulier m'intéresse... 

Quand les méchants deviennent plus intéressants / attachants / jouissifs que les héros.


On pourrait penser que c'est la mode ces temps-ci... Mais attention au piège : je ne fais pas référence ici à de pseudo méchants comme dans un certain comics américain qui a été maltraité au cinéma (le Suicide Squad... composé de méchants plus doux que des agneaux... WTF ?! ) ...  Je ne fais pas référence à des personnages "dark" qui se la jouent dangereux et bad boy mais qui renferment un cœur de guimauve (Christian Grey, tu sors, tu coules tes pieds dans le béton et tu sautes dans le fleuve !). 

Certains savent jouer avec les conventions, je pense à la série télévisée, la Flander's Compagny, qui raconte les aventures d'une boîte enrôlant les super vilains pour gérer leur carrière, il s'agit d'une superbe parodie à la fois des comics et des mangas, mais qui, malgré le slogan "nous faisons le mal et nous le faisons bien", n'offre pas de vrais méchants. Ce sont des anti-héros.

L'anti-héros est un personnage central de l'histoire mais qui ne présente pas les caractéristiques héroïques habituelles, voire aucune : le courage, l'intelligence, la loyauté... Généralement, on s'accorde à le présenter comme un "héros malgré lui"... Certains poussent la définition de l'anti-héros jusqu'à englober les antagonistes mais non les méchants car ce qui différencierait l'antagoniste du méchant serait le capital sympathie dont l'antagoniste bénéficierait. Cette définition est suffisamment ambiguë pour ne convaincre personne. En ce qui me concerne, je suis dans l'idée de l'anti-héros "héros malgré lui" mais qui ne présente aucun gros défaut imputable aux êtres mauvais : le sadisme, la soif de meurtre etc... 


Bref, je ne veux parler ici ni des faux méchants jetés en pâture à l'écran pour gagner un maximum de pognon ni des anti-héros. Je veux faire référence aux vraies pourritures, celles qui commettent l'irréparable et, rédemption ou pas, ont brisé, anéanti, des espoirs, des rêves, des vies.  




*0*


Je me faisais une réflexion en regardant sur youtube une vidéo de Dany Darkly proposant une illustration « animée » de la chanson Wolf Song du groupe Omnia

L’histoire reprend celle d’un chaperon rouge traqué et abusé par un loup infernal. Un retour aux sources du conte, donc, que beaucoup interprètent comme une métaphore du viol.




Dans ce clip, le loup, à forme humaine bien sûr, étant mignon, avec un look manga-gothique-efféminé, on lui pardonne aisément son crime, les commentaires sous la vidéo pullulent de compliments et d’espoirs concernant une future histoire d’amour entre le bourreau et sa victime.

D’où mon hypothèse :



Le Mal le plus cruel peut être pardonnable
Si, et seulement si, ce beau diable est baisable.



Une affirmation que ne démentirait pas l'excellent poète Georges Fourest qui a su résumer l'intrigue du Cid en un vers prononcé par la douce Chimène : " Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! " Eh bien, oui, si Rodrigue avait été laid, nul doute que Chimène n'aurait pas vécu un tel dilemme et aurait réclamé  sa tête sans arrière-pensée...

Passons maintenant à une  illustration du propos à partir de ce clip :

L’histoire prend place dans une forêt glaciale. Le loup, observant la jeune fille, lâche un monologue sinistre et décrit la scène. Puis il commence à s’adresser à elle de façon poétique et légèrement angoissante.




"Bonsoir, je suis le violeur [Oui, là c'est moi qui invente...],
ne t'inquiète pas : je suis beau et sexy dans mon genre, 
du coup, ça devrait passer comme dans une motte de beurre..."



"Bien le bonjour, monsieur, moi c'est la victime.
Le beurre ne risque pas de geler avec ce froid
de canard ?" 





"C'était une comparaison, conn... Pardon... 
Tes parents m'ont prié d'apaiser ta douleur." [Ce sont les vraies paroles...]


Il va commencer par essayer de gagner sa confiance en adoptant une attitude séductrice et amicale. 




 Le chœur retentit : Puella lupo inferno interfecta est. 
[Oh p*tain, du latin ! C'est encore meilleur !
Traduction : La jeune fille fut tuée par le loup infernal.]




Mais la vraie nature du personnage masculin reprend le dessus et la jeune fille entrevoit ce qu’il compte faire d’elle : la dévorer, au sens sexuel et peut-être même littéral du terme.






Elle fuit, mais ce faisant elle excite son instinct de prédateur et il la prend en chasse. 


Graaaaaaouuuuuuuuu !


Il la rattrape, lui fait subir les derniers outrages de façon métaphorique.



Métaphore sexuelle : il y a une fente qui saigne...


Et, coup de théâtre ! L’auteur du clip nous offre une scène finale où Loulou semble regretter d’avoir traumatisé à vie la jeune fille. Bah, on te pardonne, Tu es beau. Elle devrait s’estimer heureuse d’être tombée sur toi.


"Z'aurais pas dû la viooooleeeeeeeer... Maintenant,
elle n'voudra plus jamais jouer avec moi !"



En effet, changez ce loup fort séduisant avec Bebert, 54 ans, camionneur de son état… Ou avec ce type, tiens :




L’histoire prend une toute autre dimension…

Ne vous trompez pas sur mes intentions, cette article n’a pas pour but de descendre le travail de Dany Darkly… (J'ai simplement un sens développé de la dérision, y compris sur les objets que j'apprécie.) J’ADORE ce clip. J'aime son ambiance, ses personnages, la cruauté du loup qui se mêle au désir que lui inspire la jeune fille, la détresse et le trouble du Chaperon Rouge, l'universalité de l'histoire et le soin de l'auteur à laisser une certaine ambiguïté à la fin : est-elle morte ? A-t-elle réellement été violentée ? Que va-t-il se passer ensuite ?
Même si le clip n’est pas parfait, la dessinatrice a su coller aux paroles de la chanson. Wolf Song d’ailleurs est une chanson magnifique, poétique et sordide. 

Certaines répliques sont pleines de sensualité et d'horreur à la fois :

He : Your final kiss belongs to me...
She : Your scarlet kiss will set me free.



Point de critique de ce clip en lui-même, donc, Je souligne simplement cette étrange attirance pour le côté obscur de la force… Effectivement nous retrouvons dans la façon dont cette histoire est appréhendée par son public le vieux et sordide fantasme du viol. 

Petite précision : je ne suis pas d’accord avec ceux ou celles qui prétendent que le fantasme du viol n’existe pas. Il me semble qu’ils font erreur sur la définition du mot fantasme : un fantasme appartient au domaine de l’imaginaire et n’a pas forcément pour but de se réaliser. Libre à moi de fantasmer sur un beau pirate qui vient m’enlever contre ma volonté pour me souiller de toutes les manières possibles. Dans la réalité, ma réaction serait tout autre :



Le fantasme peut exister dans la tête. Il n'engage à rien dans le monde réel.


Nous (enfin, les tarés dans mon genre) sommes attirés par le vil, le pernicieux, le mauvais, le côté obscur. Les méchants fascinent.

Dans ce clip, le spectateur se trouve plus facilement du côté du loup, déchiré par ses sentiments conflictuels. Jusque dans le design on perçoit le contraste : la jeune fille ressemble à toutes les autres, elle est jolie mais correspond à un type vu et revu (surtout en tant que chaperon rouge...) : le loup est plus caractérisé, plus attrayant, plus enclin à marquer les esprits. Cela se ressent aussi dans le chant : le chanteur interprétant le loup passe par diverses intonations tandis que la chanteuse conserve un ton unique tout au long de la chanson. 


Soyons francs, les amis, au tissu fictionnel,
C’est souvent le Méchant qui donne tout son sel,
Un Héros convenu n’a rien d’exceptionnel,
Il garantit tout juste un récit fonctionnel. 


Il y a eu de tout temps chez l’Homme une fascination pour le Mal que l’on retrouve dans bon nombre d’œuvres et de médias différents. 

La mode des « dark romance » en témoigne : Christian Grey et ses déclinaisons nombreuses (une vraie pollution) sont beaux, souvent riches, intelligents, terriblement séduisants. Dans leur monde imaginaire, l’emballage fait oublier à quel point ces gars mériteraient la prison. Faites agir un type lambda comme eux... Un mec qui séquestrerait une femme, la kidnapperait, la frapperait... Non, ça ne passe plus du tout. Le charme est rompu. Déjà qu'à la base il n'y en avait pas beaucoup... 

Pour ma part, je suis plutôt du type Pyrrhus dans Andromaque de Racine (le salaud qui se sert d'un enfant pour obliger sa mère à l'épouser... Graou !), Claude Frollo de Notre-Dame de Paris (il a conduit Esmeralda à une mort atroce et a failli abuser d'elle, dommage que ce con de Quasimodo se soit interposé... *sigh...*) , Rogue de Harry Potter... (Rogue, je serai ton chaudron, tu seras ma baguette...) ça, ce sont de véritables inspirations !


Hannibal Lecter, Dark Vador, Grenouille, les grands vilain des comics américains (Le docteur Fatalis, Magnéto), ceux qui ont sombré inspirent tour à tour respect, fascination, crainte... Et s'ils ne sont pas forcément beaux selon les critères standards, ils possèdent un  charme et un charisme indéniable. Du moment qu'ils fascinent, ils deviennent baisables séduisants, et s'ils sont séduisants, ils fascinent d'autant plus. Ceci est un cercle vertueux pour des esprits qui le sont moins, hue, hue, hue.  


Exemple pour étayer la thèse :




Magnéto : exterminer l'espèce humaine, soit,
mais avec un sourire de tombeur, ça passe mieux.

Ce personnage est capable du pire comme du meilleur. Il possède des qualités héroïques,  ce ne peut être un anti-héros. Mais il a fait trop de mal pour être considéré comme un héros.
Fait intéressant : au tout début, quand Magnéto était un personnage unidimensionnel (juste un pur connard), il était moche, très moche. Il est devenu plus beau au fur et à mesure qu'il gagnait en complexité et  se trouvait une place dans le cœur des fans... Mais où est la cause et où est l'effet ? A-t-on apprécié davantage Magnéto parce qu'il est devenu plus charmant ou l'a-t-on rendu plus charmant parce qu'on l'appréciait ?



Docteur Fatalis : son vrai visage.
Sans ses cicatrices.

Comme Dark-Vador, son armure et son masque font rêver... (Tout ce qui est caché est objet de fantasme...) Sauf que dans son cas, la magie permet de ne pas être déçu ! C'est un des grands vilains Marvel, une pure ordure qui n'a pas hésité à sacrifier son amour d'enfance à un destin des plus horribles pour accroître ses pouvoirs. Et pourtant, il arrive régulièrement à manipuler héros et lecteurs et arriverait presque à nous faire croire qu'au fond... c'est un gars honnête et loyal... 





"L'intensité de mon regard fait craquer 
l'élastique de ta culotte... Tu l'entends ?"


Aaaaah, Hannibal Lecter ! Le psychopathe, tout aussi humain que monstrueux, tout aussi courtois que vulgaire ! Il n'y a qu'à comparer la déférence avec laquelle il traite Clarice et la façon horrible dont il parle à la sénatrice dont la fille a été enlevée par un serial killer. Ce personnage a réussi un exploit : il est profondément rongé par le Mal et pourtant il a pris une telle ampleur qu'il en devient immensément sympathique. On se surprend à le vouloir libre, il a même réussi à manipuler son propre auteur ! Oui, l'écrivain, Thomas Harris, qui lui a donné vie est tellement tombé sous son charme qu'il a dénaturé le personnage de Clarice Starling pour qu'elle tombe amoureuse de lui et le suive dans son errance. (Terrible erreur dans la cohérence du personnage qui du coup ne sera pas reprise dans le film, Hannibal.)

C'est le risque quand on créé un Monstre, un Mythe, il arrive parfois qu'il nous dépasse !


Un jour la création tua son créateur !
Pour mieux s'émanciper de son terrible auteur,
Elle a fait oublier qu'il avait existé
et c'est elle qui passe à la postérité.






Ce qui me fait penser... Je trouve immensément dommage qu'on essaye d'expliquer l'enfance, le parcours, l'histoire d'un méchant de cette ampleur. Hannibal a eu droit à une série retraçant sa jeunesse, Dark Vador a vu son basculement dans le côté obscur expliqué dans la prélogie (de manière maladroite, certes, mais détaillée), le passé de Magnéto, Fatalis... a été dévoilé... 
En fait, cette réflexion ne concerne pas uniquement les méchants : tout personnage charismatique souffre du dévoilement de son passé : le mystère fait partie du charisme. Tenter d'expliquer le pourquoi du comment revient à le désacraliser. 
C'est tellement mieux d'imaginer Hannibal comme un monstre de la nature apparu on ne sait où, on ne sait quand, comme s'il avait toujours été ainsi de tout temps, de tout lieu... On peut donner des éléments de back-ground, bien sur, mais plus on laissera de place à l'imagination, plus l'aura du personnage sera forte. 



Un mythe dévoilé n'a aucune valeur,
Le mystère perdu, le met est sans saveur.



Et à propos de mystère...

Une simple voix peut suffire à semer le trouble... 

Je songe à une chanson reprise par le groupe Kamelot : Where the wild roses grow (interprété à la base par Nick Cave et Kylie Minogue).   



Une chanson à chute qui commence comme toutes les chansons d'amour : deux voix, un homme et une femme, racontent leur rencontre amoureuse. Mais le refrain étrange et déroutant tranche avec le reste :

Ils m'appellent la rose sauvage, mais mon nom était Elisa Day. 
Pourquoi ils m'appellent ainsi ? Je ne le sais pas,
Car mon nom était Elisa Day. 

Finalement, on se rend compte que l'homme en question était un tueur et qu'il a assassiné la jeune fille au milieu des roses après l'avoir embrassée pour la dernière fois : "All beauty must die !"

La voix sombre et virile de Roy Khan sied à merveille à ce personnage de psychopathe qui mérite sa place au panthéon des Méchants fascinants. 





Mais alors, Anaxy, tu nous casses les yeux avec tes méchants sexy, mais as-tu des exemples de méchants moches qui sont peu appréciés juste parce qu'ils n'ont pas de charme ?

Oui, c'est fort possible... 


Le crapaud, chez Marvel.
Laid, putride, stupide, personne ne l'aime.




Taram et le Chaudron magique.
Un des pires Disney jamais réalisé... et un méchant juste laid
et sans charisme. Une caricature de Seigneur des ténèbres.




"Mon prééciiiiieux ! Oui, j'ai des fans,
mais c'est juste qu'ils ont pitié ! 
Personne ne veut coucher avec moi !"






"Moi aussi, personne ne veut me prêter sa rondelle...
Ils préfèrent tous ma version en plus jeune.. Voir ci-dessous..."



Lord Voldemort est un thon. Il meurt comme une merde.
Tom Jédusor est beau. Il meurt aussi comme une merde,
mais il est le roi de centaines de fanfictions.

Précisons que dans Harry Potter, la famille Malfoy, les beaux gosses quasi nazis, s'en sortent. Capital sympathie des beaux méchants activé !



*O*



Pour conclure... Platon disait que l'âme humaine est profondément attirée par le beau et le bien. Je ne pense pas ainsi... Déjà je ne suis pas sure que l'Homme soit bon de nature...
En tout cas, nous avons besoin de nous catharsiser, c'est pour cela que le Mal nous fascine. Par procuration, nous expérimentons des pulsions et des sentiments qui nous libèrent du carcan qui nous emprisonne. La violence tapie au fond de nous doit impérativement sortir à un moment ou à un autre : mieux vaut que ce soit dans l'espace du rêve et de l'imaginaire où elle ne pourra pas faire de mal. 

Ovide mettait dans la bouche de Médée, la terrible sorcière, les mots suivants : "je vois le meilleur, je l'approuve, mais je fais le pire..."

Je dirais de mon côté : j'ai besoin d'expérimenter le pire, en rêve, pour suivre le meilleur dans le monde réel. 




Pour extérioriser les pulsions les plus viles,
quoi de mieux qu'une Faux entre des doigts habiles
qui massacre, qui tue, qui abat l'innocence
et qui fait resplendir un soleil de démence.

C'est l'Imagination, cette Faux souveraine,
C'est la Plume d'amour, c'est la Plume de haine,
Les rêves tour à tour échangent leur teneur,
tantôt doux, tantôt durs, ou pitié ou terreur.













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